© 2019  - L’Été du Petit Temple

Du samedi 6 au dimanche 21 juillet 2019

VERNISSAGE : vendredi 5 juillet, 18h

 

SUZANNA PEJOSKA  ( Peinture –  www.suzanna-pejoska.fr

EXPO II

SUZANNA PEJOSKA :

Je ne suis jamais allée à Ellis Island... moi c’était un port en France et j’avais 3 ans.

 

Peindre a toujours été pour moi une forme d’actualisation et de mise en ordre harmonique des traces et effluves de ma mémoire. Je ne me suis jamais demandé « quoi peindre ? ». De Radojda mon village de bord de l’eau sur le lac d’Orhid en Macédoine j’ai emporté, comme une langue maternelle, la vision des costumes encore largement portés à cette époque par les femmes qui entourent mon existence naissante. Cela a marqué en profondeur mes jeunes années, comme quelque chose que j’ai perçu en gros plan avec des yeux de bébé sur les genoux de ma mère.

 

En tombant sur des reproductions des photographies de migrants prises à Ellis Island, en particulier celles de Augustus F. Sherman, j’ai été submergée par l’émotion, comme si ces images étaient d’un album de famille, qu’elles étaient la trace imagée d’un familier et intime sentiment de destin partagé malgré toutes les différences de situations et de circonstances historiques.

Comme le note si justement Pierre Christin (pour Suzanna - mai 2014), j’ai su soudain que j’avais quelque chose à faire d’impérieux par mon art, Rejoindre ceux dont (elle) aurait pu faire partie.

 

C’est alors que j’ai engagé l’appropriation de ces figures par le voyage du dessin et de la peinture, par la mise en lumière, l’or et la couleur, par mon langage singulier, afin d’extraire ces images du documentaire et de les hisser à l’état d’icône, émotionnelles et spirituelles.

 

La peinture est mon havre, ma mémoire et ma destination.

 

Tout comme Ellis Island est une porte qui à la fois se referme et s’ouvre, non lieu entre deux, le tableau devient mon pays d’adoption et mon foyer de mémoire. Il est mon ancrage et ma refondation, l’identité récupérée d’une mémoire fragmentée.

Comme le suggère Robert Bober, on a affaire ici aussi à la perpétuation d’une culture originelle dans un ailleurs, mais j’ajouterais, également une émancipation de ces origines.

 

L’humanité que ces images/support me donnent à voir, inquiète et impatiente de son avenir, je la tisse avec mes motifs comme on tisse les liens d’une famille, celle des migrants géographiques, culturels, spirituels.

La famille de ceux qui vont de l’avant.

 

Suzanna Pejoska

La Coste Haute le 17 mai 2015

Contact

site : www.suzanna-pejoska.fr

mail : suzadn@icloud.com

tél : +33 (0)6 60 86 19 37